J'ai lu cet article sur le site The Atlantic : https://www.theatlantic.com/technology/archive/2025/09/high-school-student-ai-education/684088/ En gros, un élève actuellement au lycée, les trois dernières années de l'éducation secondaire, entre quinze et dix-huit ans, nous y explique comment il voit autour de lui l'IA ruiner l'éducation de ceux qui l'entourent (mais pas la sienne parce qu'il est super plus bon intelligent). Et bien que je sois entièrement d'accord avec ses solutions proposées pour garder l'éducation authentique, comme la priorisation des évaluations orales, je ne le suis pas avec la nécessité de ce faire. Je m'explique ! Il y a dans l'essence, trois types d'étudiants dans tout type de cours : - Les impassables : ce sont tous les étudiants qui n'ont pas la volonté et/ou pas les compétences pour réussir ce qu'on leur demande académiquement, quoique l'on fasse avec eux. Beaucoup d'enseignants idéalistes refusent obstinément d'admettre l'existence d'une telle chose et il n'y en a pas forcément dans chaque classe, mais c'est généralement le cas quand le cours a été imposé à un étudiant qui n'en a ni la passion, ou même l'envie. Parfois, moins grave, c'est une erreur d'orientation. On met sur des piédestaux assez de professions pour que des gens qui n'en ont pas du tout les capacités rêvent d'en faire partie. Un gros problème de l'éducation nationale de beaucoup de pays est de continuer à laisser passer ces gens pour ne pas avoir à s'en embarrasser, quand bien-même seraient-ils illettrés à dix-huit ans. - Les médiocres : ils composent la majorité de toutes les classes, il y en a forcément dans une classe. Même si vous rassemblez des surdoués et que vous pensez avoir la crème de la crème, vous avez probablement quand même une majorité d'élèves médiocres, juste avec une intelligence de base plus élevée. Ils peuvent avoir de très bonnes notes et rester médiocres, car ce qui les caractérise plus que l'excellence académique, ou son absence, est l'intérêt qu'ils lui portent. Les médiocres sont des gens qui veulent avoir leurs points et réussir le cours. Ils ne veulent pas connaître la matière sur le bout des doigts, ils ne veulent pas forcément la mémoriser à long terme. Ils ne veulent pas apprendre, ils veulent réussir. - Les passionnés : c'est donc exactement ce que ne sont pas les médiocres. Ils sont là pour apprendre, ils ne veulent pas seulement réussir, ils veulent sincèrement connaître leur sujet. Leur fréquence est fortement dépendante de l'intérêt du sujet enseigné, de l'âge des élèves et surtout du caractère volontaire de l'engagement aux cours. Je ne prétends pas savoir les distinguer ou révolutionner les sciences de l'éducation (qui d'ailleurs seront probablement d'accord avec cette modeste observation si vous creusez un peu), je vous livre juste la base de mon objection. D'ailleurs, je ne me jette pas des fleurs. Personne n'est un élève passionné pour tous les cours, je ne fais pas exception. J'ai été passionné la plupart de mon éducation sur la majorité des cours, à l'âge évoqué dans l'article, j'ai continué à l'être dans les langues et les sciences, mais à l'université, je suis devenu impassable dans quasiment tous mes cours. Bref, venons-en au fait. L'IA ne ruine pas l'éducation, elle change le visage de la médiocrité. Avec ou sans les changements imaginés dans l'article de The Atlantic, le processus de la réussite académique, le chemin de moindre résistance va changer et avec lui, le visage des gens qui le suivent. D'une part, une partie des impassables va réussir à passer, en y comprenant pas plus que normalement, le seuil de la médiocrité va descendre. La médiocrité d'avant impliquait beaucoup de mémorisation, sans forcément de compréhension ; la nouvelle impliquera de savoir optimiser l'utilisation des machines, de savoir extraire l'information d'une réponse trop large, etc. Les passionnés changeront beaucoup moins, même si le visage de l'excellence changera probablement. Il sera évidemment important de se servir de ce nouvel outil, dans les tâches qui ne perdent rien à être automatisées et qui ne peuvent pas être faussées par les hallucinations, c'est un gain de temps non négligeable. Mais l'importance de savoir distinguer la réalité de l'hallucination et savoir repérer ladite hallucination nécessitera toujours de réellement maîtriser soi-même le sujet sur lequel on pose la question. Comme l'étudiant de l'article. Nous avons ouvert l'intelligence à la concurrence et nous perdons des parts de marché. L'éducation n'est, ça mérite d'être rappelé, que le processus par lequel on change la ressource humaine brute en travailleurs serviles. S'ils doivent fournir moins d'efforts et qu'on peut en augmenter le rendement en ne leur demandant que d'être des opérateurs de machines plus intelligentes qu'eux, évidemment, c'est le chemin que suivra le système et c'est ce qui sera demandé par le monde du travail. Les IAs n'y sont pas encore tout à fait, mais ça ne saurait tarder. (les considérations énergétiques et économiques viendront juste après) https://simonwillison.net/2025/Aug/29/lossy-encyclopedia/ Comme le dit ce blog, une IA est en quelque sorte une encyclopédie avec des pertes. L'éducation qui faisait de nous des encyclopédies avec des pertes ne tiendra pas la concurrence. L'excellence consistera à devenir une encyclopédie sans perte pour les gens avec énormément de méthode et de mémorisation, ou de devenir un détecteur de pertes pour ceux qui n'ont pas ces traits. Le médiocre sera en partie détecteur de pertes, en partie interface entre cette encyclopédie et la tâche à réaliser.